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Les violences contre les femmes sont mal comprises. Beaucoup passent encore inaperçues ou voient leur ampleur et leurs conséquences minimisées. Ainsi, les victimes sont souvent culpabilisées et obtiennent rarement la réparation qu’elles sont en droit de réclamer. A travers cette campagne, Vie Féminine souhaite mettre en lumière les réalités des violences vécues par les femmes, révéler leur mécanisme et encourager une implication forte des pouvoirs publics pour les combattre efficacement.

Violences masculines - replace les violences faites aux femmes parce qu’elles sont femmes dans le cadre d’un système, la domination masculine, qui s’exerce au détriment des droits, de l’intégrité et de l’autonomie des femmes, partout et tout au long de leur vie. Il ne s’agit pas de cas isolés ni d’accidents de parcours !

Continuum des violences masculines - souligne l’articulation entre les multiples formes de violences masculines qui s’alimentent mutuellement. En tolérer quelques-unes, c’est accepter leur principe et, donc, légitimer toutes les autres. Il n’y a pas de « petites » violences contre les femmes ; elles sont toutes à combattre avec la même force !

Sexisme - désigne l’ensemble des comportements individuels ou collectifs qui perpétuent et légitiment la domination masculine. Le sexisme est largement intégré dans nos sociétés et véhicule des stéréotypes qui enferment les hommes et les femmes dans des rôles et attitudes différenciés.

Les discriminations sexistes

Conséquences concrètes du sexisme, elles diminuent, excluent ou sous-représentent des personnes sur base de leur sexe. Elles portent atteinte aux droits et à l’autonomie des femmes dans différents domaines (travail, politique, social, économique, culturel, santé, éducation, …). Chiffres et enjeux

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Les discriminations sexistes en chiffres

32% des intervenant-e-s dans les émissions d’information des médias audiovisuels sont des femmes n’interviennent. Elles ne représentent que 19% des experts consultés . 70% des personnages accompagnés d’enfants dans les manuels scolaires de français sont des femmes tandis que 87% des personnages célèbres et 81% des personnes qui travaillent sont des hommes. Les manifestations les plus courantes du sexisme sont des blagues ou des remarques déplacées. Au travail, 75% des femmes admettent subir des commentaires sur les vêtements qu’elles portent ou ceux qu’elles devraient porter, par exemple. 50% des femmes estiment qu’une promotion ne leur a pas été donnée à cause de leur genre et 80% affirment être interrompues fréquemment et/ou ne pas être écoutées lorsqu’elles parlent.

Les enjeux des discriminations sexistes

La loi  « genre » de 2007 permet de porter plainte en cas de traitement discriminatoire à condition que la victime rapporte des « faits objectifs ». Mais il reste difficile de prouver les discriminations indirectes, moins évidentes. Depuis 2007, la loi « gender mainstreaming », oblige les décideurs à renforcer l’égalité des femmes et des hommes en intégrant la dimension de genre dans le contenu des politiques publiques définies au niveau fédéral belge. Mais, au vu des récentes mesures d’austérité qui impactent particulièrement les femmes, force est de constater que cette loi est loin d’être respectée.

Les violences institutionnelles

Les violences masculines sont aussi présentes à travers l’attitude et les pratiques des institutions (écoles, administrations publiques, justice, famille, mariage, …) ou des personnes qui les représentent et qui s’appuient sur leur pouvoir et leur autorité pour véhiculer des stéréotypes et/ou mener à des discriminations envers les femmes. Chiffres et enjeux

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Les violences institutionnelles en chiffres

4% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation. 70% des dossiers de violences conjugales sont classés sans suites par le Parquet et seuls 11% donnent lieu à une condamnation. 71% des victimes d’islamophobie dans le domaine des institutions, administrations et pouvoirs publics sont des femmes musulmanes portant le voile.

Les enjeux des violences institutionnelles

Les moyens financiers et humains manquent pour que les principes reconnus par les nombreuses conventions, lois, plans, protocoles et circulaires soient réellement appliqués dans les faits. La lutte contre les violences masculines repose essentiellement sur le secteur associatif, lequel est régulièrement amputé de ses financements publics. En outre, d’autres dispositions des pouvoirs publics empêchent une lutte efficace contre les violences envers les femmes étrangères ou des minorités culturelles. Par exemple, les femmes en séjour précaire risquent l’expulsion si elles dénoncent une situation de violences conjugales.

Le harcèlement sexiste dans l'espace public

L’ensemble des comportements individuels et collectifs adressés dans les espaces publics (rue, transports, …) ou semi-publics (magasins, bars, …) pour interpeller, intimider, menacer, humilier ou insulter des personnes en raison de leur sexe. Ils se manifestent de manière insistante et répétitive sous plusieurs formes (sifflements, commentaires, poursuites, …). Chiffres et enjeux

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Le harcèlement sexiste dans l’espace public en chiffres

46% des femmes (contre 18% des hommes) ne se sentent pas du tout en sécurité pour marcher seules dans le centre-ville après la tombée de la nuit. 89% des auteurs de violences dans l’espace public sont des hommes. 95% des Wallonnes ont fait l’objet de sexisme dans l’espace public de manière générale. Le plus souvent, il s’agit de blagues, de propos déplacés, de huées, de sifflements. Cependant, dans 1/3 des cas, le sexisme s’est traduit par des agressions et du harcèlement physique. Seules 3% des victimes disent n’avoir rien ressenti. 93% ont éprouvé de la colère et 71% se sont sentis blessées. Dans 78% des cas, personne n’a été là pour soutenir ou aider les victimes et 82% d’entre elles n’ont pas porté plainte.

Les enjeux du harcèlement sexiste dans l’espace public

Ces comportements sont souvent minimisés, considérés à tort comme des compliments ou de la drague. Pourtant, ils influencent l’usage que les femmes font de l’espace public et leur mobilité. Il s’agit bien d’un rapport de pouvoir où les auteurs imposent leur volonté et leur contrôle. Depuis 2014, la -mal nommée- loi « contre le sexisme » condamne tout geste ou comportement qui méprise, gravement et publiquement, une personne en raison de son sexe. Mais cette loi est exclusivement répressive, elle ne s’attaque qu’aux gestes et comportements sans considérer le système dans son ensemble et couvre un champ d’action limité, qui exclut par exemple les publicités sexistes. Sa mise en œuvre est compliquée puisque la charge de la preuve repose sur la victime, qu’il revient au juge d’apprécier la gravité des faits et qu’aucun moyen de communication n’est prévu pour la faire connaitre.

Les violences entre (ex)partenaires

L’ensemble des actes et comportements répétitifs d’un (ex-)partenaire qui visent à contrôler et dominer l’autre, en portant atteinte à son intégrité et à son intégration dans la société. Elles diffèrent des disputes ou conflits de couple où deux points de vue s’opposent sans qu’il y ait pour autant rapport de domination d’un des protagonistes sur l’autre. Elles peuvent prendre différentes formes (contrôle des faits et gestes, isolement, contrôle du compte bancaire, privation de revenus, intimidations, viol conjugal, coups, meurtre…) et évoluent en cycles successifs (climat de tension où la victime prend peur, une période de crise où la violence explose, une justification de l’agresseur où la victime culpabilise et une « lune de miel » où la victime reprend espoir). Chiffres et enjeux

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Les violences entre (ex)partenaires en chiffres

24% des femmes déclarent avoir été victimes de violences de la part de leur (ex)partenaire depuis l’âge de 15 ans. En 2014, le parquet a enregistré plus de 60.000 cas de violence entre partenaires, soit près de 170 cas par jour. En 2015, la ligne « Ecoute violences conjugales » a reçu 2.711 appels, soit 11 appels par jour. 157 femmes ont été victimes de tentatives de meurtre dans un contexte de violences conjugales en 2013. 119 d’entre-elles en sont mortes.

Les enjeux des violences entre (ex)partenaires

Depuis 2006, la définition légale des violences conjugales qualifie ces dernières de rapport de domination des hommes sur les femmes. Malgré cela, ces violences sont généralement considérées comme relevant du privé et la confusion est encore fréquente entre violences conjugales et conflits de couple, ce qui entraine une approche inadaptée et inefficace. En 2006, deux circulaires dites «Tolérance 0» enjoignent les services de police et de justice à mieux collaborer pour l’accueil des victimes et pour assurer le suivi des plaintes. Mais, s’il y a eu quelques progrès, les victimes sont encore souvent mal accueillies et leur parole décrédibilisée. En 2009, une ligne d’écoute violences conjugales est créée sur un numéro gratuit et anonyme. Mais elle est accessible uniquement en français et les trois associations spécialisées qui en ont la charge n’ont pas les moyens d’y répondre en dehors des heures de bureaux. Depuis 2013, le Procureur du Roi peut décider de l’interdiction temporaire de résidence en cas de violence domestique. Cette loi est difficilement applicable et rien ne garantit la sécurité des victimes pendant et après l’éloignement de l’auteur. Du côté francophone, il n’existe que trois maisons d’accueil spécialisées et sécurisées (avec adresse secrète) pour les femmes victimes de violences conjugales. C’est insuffisant au regard des besoins.

Les violences sexuelles

Tout acte lié à la sexualité et imposé sans que l’autre le désire, par la force, la manipulation, l’usage de stupéfiants, ... Ces violences n’impliquent pas obligatoirement un contact physique (attouchements, caresses, pénétration, obligation de poser nue, …). Elles peuvent aussi être verbales (harcèlement sexuel, …). Chiffres et enjeux

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Les violences sexuelles en chiffres

98% des violences sexuelles sont commises par des hommes, généralement proches des victimes : le conjoint (48%), un membre de la famille (10%), une connaissance (13%), une personne liée au travail (7%). 60% des femmes belges (la moyenne européenne est de 55%) ont dit avoir subi une forme quelconque de harcèlement sexuel depuis l’âge de 15 ans. 3.000 viols sont enregistrés par an (8 viols par jour), alors qu’on estime que seuls 10% des viols sont dénoncés. Entre 2010 et 2015, 50,21% des dossiers ouverts à la suite de plaintes pour viol ont été classés sans suite. 90% des femmes prostituées sont étrangères, environ 80% sont contraintes par un proxénète, 10% sont dans une situation d’exploitation grave et 90% souffrent de stress post-traumatique.

Les enjeux des violences sexuelles

La violence sexuelle, même entre partenaires, est punissable par la loi de 1989 qui distingue le viol (avec pénétration) de l’attentat à la pudeur (sans pénétration). Depuis lors, le Set d’Agression Sexuelle (SAS) est censé être disponible dans les hôpitaux pour permettre de récolter des preuves de viol pour appuyer le dépôt de plainte. Mais un grand nombre de régions n’ont pas de centre de médecine légale, pas de partenariat avec les infectiologues et pas de suivi psychologique pour la victime. La « culture du viol », notamment appuyée par la pornographie, la prostitution ou les images de femmes-objet qui considèrent le corps des femmes comme disponible à volonté pour la sexualité masculine, permet aux violences sexuelles de se perpétuer en propageant des conceptions et attitudes qui tendent à les tolérer, les excuser voire les approuver.

Le contrôle du corps des femmes

Le corps et la sexualité des femmes sont amenés, par la force ou par consentement, à correspondre aux normes qui conviennent aux hommes et à leur plaisir (à travers des régimes agressifs, des opérations chirurgicales, des mutilations génitales féminines, …). Chiffres et enjeux

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Le contrôle du corps des femmes en chiffres

Près de 16% des femmes ont recours à la chirurgie esthétique (deux fois plus que les hommes). Le nombre de nymphoplastie (réductions des petites lèvres) a augmenté de 70% en sept ans. On estime que plus de 17.000 femmes et filles sont excisées ou risquent l’excision en Belgique.

Les enjeux du contrôle du corps des femmes

Les injonctions sociales restent fortes, notamment à travers la publicité qui véhicule des images (souvent truquées) de corps considérés comme parfaits. Ainsi, des femmes entreprennent par elles-mêmes des démarches qui ont parfois des conséquences lourdes sur leur santé physique et psychologique (carences alimentaires, infections, nécroses, pertes de sensibilité, mésestime de soi, manque de confiance, …). Les Mutilations Génitales Féminines sont interdites depuis 2001 en Belgique. Mais les tabous restent grands autour de cette pratique qui se poursuit dans l’ombre.